![]() |
LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques
de Colette Bertot. Octobre 2006 Carlo Binsztok - Fascinant et inquiétant A la Galerie Zedes Art de Bruxelles |
|
;; Des formes humaines robustes, nues, de dos, des visages sans expression
vivant une vie hors du temps et mus par on ne sait quoi d’inquiétant, le tout
contourné de noir dans un geste qu’on devine assuré. Binsztok n’est pas un débutant. Né à Bruxelles en 1942, il a fait, à La
Cambre, des études de cinéma et entrepris ensuite une solide carrière de
réalisateur-producteur. Lorsqu’il y met fin, il décide de se consacrer à la
peinture qu’il pratiquait déjà durant ses heures libres. De la caméra au pinceau, le passage se fait en douceur et celui qui
fixait, avec dextérité, le mouvement change de rythme pour s’exercer à l’arrêt
sur image. Une image peu habituelle, inclassable dans aucun tiroir de
l’esthétique d’autant plus que l’artiste ne nous aide pas. Aucun titre ne vient
ponctuer les œuvres comme pour laisser planer le doute sur le mystère qui s’en
dégage. Jadis, les
" formes" qu’il peint depuis ses débuts, étaient
relativement espacées les unes des autres. Aujourd’hui, elles se rapprochent,
se tiennent de biais, par deux ou par quatre. Muettes, immobiles mais pas
rigides, elles semblent se murmurer à l’oreille quelque secret. Les bras sont
ballants, l’épaule est légèrement dégagée, le corps est puissant et semble
peiner à s’extraire de la matière qui le retient prisonnier. Terre ? Poussière ? Sable ? La palette chromatique
utilisée par l’artiste est sobre, presque palpable. Seul un trait noir estompé
et posé d’un geste vif entoure le sujet pour mettre un point final à la
question que le spectateur se pose. L’essentiel est dit. A chacun d’interpréter ! Ici, côte à côte, deux
"portraits" d’enfant, irréels comme
les autres, cernés de larges traits sombres et lugubres témoignent de la
difficulté à comprendre le monde adulte. Ils semblent résignés déjà et se
ressemblent comme deux gouttes d’eau. Seule la présumée fillette est coiffée
d’un bandeau de chevelure noire. Là, une
"Madone" qui n’en est probablement pas une affiche
un gracieux mouvement du cou et son visage joliment penché laisse apercevoir un
petit œil dont on ne sait trop s’il observe ou s’il se moque. Ailleurs, c’est
une étrange beauté qui émane de la toile représentant une femme vue de dos, à
la chevelure noire tombant sur les épaules, légèrement déhanchée et que la
rigueur des noirs et des blancs rend intemporelle. Elle ne respire pas la joie
de vivre. La mise en scène des personnages de
Binsztok, dépouillés de tout
superflu et confrontés à une matière, jouant le clair et l’obscur, laisse le
spectateur perplexe devant l’énigme qu’ils constituent. L’insondable âme humaine, avec ses zones d’ombre,
serait-elle au centre des questionnements que (se) nous pose l’artiste ? A en croire sa dernière œuvre, l’optimisme n’est pas de rigueur. Celle-ci évoque la silhouette d’un corps cambré dans un mouvement de mépris voire de provocation que confirme un visage flou aux yeux de braise, haineux de souffrance. Un seul regard pour exprimer toute la violence du monde…On frémit.
|
Cliquez
sur
Carlo Binsztok
Carlo Binsztok
Carlo Binsztok
Carlo Binsztok |
|
Zedes Art
Gallery. 36 rue Paul Lauters, 1050 Bruxelles. |
|
|
Mercredi de 10h à 13h. Jeudi et vendredi de 12h30 à 17h. Samedi de 14h à 18h. |
|
|
Exposition accessible jusqu'au 21 octobre 2006. |
Copyright © 2006 Mémoires et Colette
Bertot.
Tous droits réservés.
Les autres articles sont accessibles via nos
archives.
Inscrivez-vous pour recevoir les
infos de la lettre mensuelle.
Retour à la lettre
Retour à l'accueil