LA LETTRE MENSUELLE

La chronique de Marie-Pierre Desmergers.  Juin 2006 
  Quelques conseils pour estimer une oeuvre ; des résultats de mai...
  
Avec une nouvelle d'importance : Servarts devient (presque) français

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Comme le dit le dicton : "En mai, fais ce qu’il te plaît". Alors, oui, chacun est libre de faire ce que bon lui semble. Par exemple, chacun est libre de faire estimer un objet, quel qu’il soit, chez tel ou tel expert, ou dans une salle des ventes et même chez un antiquaire. Les possibilités sont multiples.

Depuis peu, il y a une autre option : Artprice.com. Ce nom ne devrait pas vous être inconnu car je l’ai déjà cité à plusieurs reprises. Pour rappel, c’est un site Internet français spécialisé dans les cotes d’artistes [www.artprice.com]. Aujourd’hui, il se diversifie en s’adaptant aux besoins de sa clientèle actuelle et future… Cela donne un nouveau service judicieusement nommé "Artpricing" : l’estimation par Artprice. 

C’est simple : contre la modique somme de 49 € (prix de lancement pour une demande), vous pouvez envoyer la photo d’une œuvre plastique à artpricing@artprice.com et vous recevrez dans les 48 heures un dossier d’estimation. Attention ! Il est bien précisé sur l’encart publicitaire qu’Artpricing ne comporte aucune authentification et ne remplace pas l’avis d’un expert.

A vous de choisir… Ah ! Je vous entends d’ici : "Pas facile de faire un choix sans être un brin éclairé sur ce monde opaque et secret de l’expertise ! Comment voulez-vous que l’on s’y retrouve ?". Oui, c’est vrai, le propre de chacun est d’espérer tomber sur LA bonne personne, celle qui nous donnera objectivement la vraie valeur de l’objet sans arrière pensée de plus-value ou de bénéfice net. Bref, soyons clair : on n’a pas envie de se faire avoir ! C’est le moment de vous donner quelques bons conseils en la matière.

D’abord, sachez qu’il est toujours bon de consulter plusieurs personnes : deux ou trois avis valent mieux qu’un. Toutes les salles de ventes aux enchères consacrent un jour de la semaine à l’estimation d’œuvres et ceci gratuitement, sans obligation de dépôt à la vente de l’objet. Si et seulement si vous décidez de le laisser pour une vente, alors vous paierez des frais de dépôt qui seront déduits du montant de l’adjudication (chaque salle a son propre pourcentage, renseignez-vous au préalable). La salle des ventes peut faire intervenir un expert extérieur si votre objet retrouvé sous un carton dans le grenier de mère-grand paraît être un pur chef d’œuvre de la peinture flamande du XVIe ou XVIIe siècle. En cas de dépôt, vérifiez avec la salle si l’expert s’octroie un pourcentage sur le montant de la vente…

Autre possibilité : le marchand. L’antiquaire sera plus à même de vous donner un prix plus juste que votre voisin, tout grand amateur de brocante estivale qu’il est. A vous de cibler : si vous détenez une assiette en porcelaine qui ressemble à s’y méprendre à celles de Tournai, rendez-vous chez un antiquaire spécialisé dans la production de Tournai. Même chose pour la verrerie, le mobilier, les bijoux, etc... N’hésitez pas en visitant les foires et salons des antiquaires, d’apporter une photo, qui bien que n’égalant pas le contact direct, peut déjà, dans certains cas, suffire à vous donner une estimation.

Reste l’expert, le vrai, c’est-à-dire celui qui est reconnu par la Chambre Belge des Experts en Œuvres d’Art (liste sur www.artexpert.be). Son verdict est sans appel : le tableau du grenier de mère-grand est un Brueghel Le Jeune ! Félicitations ! S’il possède une galerie, il pourra y accrocher le chef d’œuvre, ou bien il le dirigera vers une autre spécialisée en peinture flamande du XVIIe, ou encore il vous le rendra car telle est votre volonté. Dans tous les cas de figures, l’expert demande une rétribution, c’est normal.

Qui que vous consultiez, n’oubliez pas que vous seul avez le pouvoir de décider du sort de votre objet, la vente n’est pas l’unique fin en soi. Le Bruegel peut trôner dans votre salon plutôt qu’au Musée Royal des Arts Anciens ! Autre conseil : avant de signer pour un dépôt, lisez bien le contrat, n’hésitez pas à questionner sur les frais, la vente, … et inversement, ne déposez pas un objet, quelque soit la valeur annoncée, sans signer de contrat. Et enfin, le plus difficile : et si l’expert revient sur sa décision et que finalement ce n’est pas un Brueghel …, oui, le plus dur c’est d’accepter qu’il ne soit qu’une croûte !  

Mais soyons fous ! En mai, rêve de ce qu’il te plaît ! C’est donc un Bruegel Le Jeune que vous avez en main et vous décidez de le mettre en dépôt dans une salle des ventes. Au hasard, vous choisissez la salle des Beaux-Arts au cœur du Sablon à Bruxelles. Votre trésor sera dirigé vers une vente de prestige d’art ancien comme celle qui a eu lieu les 16 et 17 mai dernier, quel heureux hasard ! Quand le rêve devient réalité, cela donne un résultat de 320 000 € pour cette huile sur panneau "Rixe de jeu entre paysans", signée Pieter Brueghel Le Jeune et datée 1620. 

Adjudication de 66 000 € pour un triptyque polychrome, travail anversois du XVIe siècle, représentant l’adoration des mages. 

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Frans Snyders

Même thème pour une huile sur panneau de l’atelier du Maître de l’Epiphanie de Bruxelles parti à 40 000 €, et 22 000 € pour un maître flamand du XVIIe siècle représentant une Vierge à l’Enfant, et enfin 90 000 € pour une huile sur panneau "Coupe de raisins, citrons, … sur une table drapée" signée Frans Snyders.  

Belle vente donc pour les Beaux-Arts, ce qui ne déplaira pas à monsieur Pierre Bergé. Quel est le rapport me demanderez-vous ? Et je vous réponds : c’est LE scoop du mois ! Figurez-vous que la salle dirigée depuis quelques années par les frères De Jonckheere et Philip Serck, commissaire-priseur, vient d’être achetée par le groupe français Pierre Bergé - Yves Saint Laurent. 

Eh, oui ! L’une des plus anciennes institutions belges et la plus importante salle des ventes belges devient française… Certes, chacun connaît et se doit de reconnaître les qualités culturelles et innovantes de monsieur Bergé qui détient déjà rue Drouot, à Paris, sa propre étude de vente d’œuvre d’art. De fait, nous pourrions être flattés de son intérêt pour cette "petite salle" dans notre "petit pays", et même nous pourrions y voir un pont mercantile entre le marché belge et français. Mais tout de même ! Il ne faudrait pas que l’homme au nœud papillon, à savoir Philip Serck, soit remercié pour ses bons et très loyaux services de directeur et de grand spécialiste de l’art belge, et pis encore, que la salle s’imprègne d’une ambiance trop parisienne… A surveiller.

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Félicien Rops

Et ailleurs, dans les autres salles ? 

Les ventes se suivent et les marteaux tombent. Ainsi chez Horta, on retiendra les 4.800 € pour une eau-forte en couleur de Félicien Rops "Les deux amies", un "Portrait de Gabriel", technique mixte sur papier de Walter Sauer parti à 9 500 € et les 8 000 € pour une huile sur carton de Paul Mathieu "Les toits rouges de l’étang de Boisfort". 

Toujours à Bruxelles chez Vanderkindere, la vente du 16 mai adjugea l’huile sur carton "Fête à Longchamps" de Lucien Frank à 11 500 €, la "Marine" d’Alfred Stevens à 3 000 € et la gouache sur papier "Jeune femme en déshabillé regardant par la fenêtre" de Roméo Dumoulin à 3 200 €. Signalons aussi les 40 000 € pour un microscope en laiton du XIXe siècle.

Plus ancienne, la vente du 11 mars chez De Vuyst mérite que l’on s’y arrête avec 25 000 € pour une toile de Léon De Smet représentant l’intérieur de sa maison à Deurne, 18 000 € pour une sculpture "29 cubes en bois" de Pol Bury et enfin, les 425 000 € pour une huile sur toile de Paul Delvaux, "Les louves".

Finalement, au lieu d’un Brueghel sous le carton dans le grenier de mère-grand, un Delvaux, ce serait mieux, non ?

Marie-Pierre Desmergers         
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Pieter Brueghel le Jeune

 

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Triptyque anversois

 

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Maître de l'Epiphanie

 

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Maître falmand

 

 

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Lucien Frank

 

 

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Alfred Stevens

 

 

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Léon De Smet

 

 

Supprimés :
Paul Delvaux
Roméo Dumoulin
Pol Bury :

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