LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Juin 2006 
  Les jardins van Buuren transformés en jardins de sculpture
  
Une vingtaine d'artistes, de Maillol à Tony Craigg 

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Imaginez en pleine ville, à Uccle, un havre de verdure dont les frondaisons exhalent – merci la pluie ! – des parfums rares et subtils.

Nous sommes dans les jardins de la Maison van Buuren, une demeure peu connue et qui se visite pourtant, bâtie en 1928 par un couple de collectionneurs et mécènes David et Alice van Buuren qui en avaient fait un lieu de vie et de culture, devenu musée à leur décès. 

Tout y est resté en place dans l’esprit d’une maison privée. Le mobilier Art Déco, des tableaux signés Pierre Brueghel, Fantin-Latour, Ensor, Van Dongen, Rik Wouters et la plus importante collection existante de Gustave van de Woestyne.

Le musée n’aurait pas le charme qui est le sien s’il n’était prolongé d’un fabuleux jardin … complément parfait d’une maison-musée.

Exposition.

Le verger de ce ravissant parc paysager qui compte aussi un labyrinthe, une roseraie, un jardin du cœur ayant chacun une histoire, accueille régulièrement des expositions de sculpture. Il y eut Zadkine, Willequet et bien d’autres.

Nous voici confrontés à une belle brochette d’œuvres couvrant un siècle de création : de Maillol à Tony Cragg.

Du bon et du moins bon, du figuratif et de l’abstrait, tous mis en valeur par les fruitiers en fleurs, les massifs d’arbustes au feuillage transparent, les myosotis indisciplinés, les buis odorants, les rhodos en fleurs et en boutons, une végétation à la fois sauvage et élaborée qu’on dirait prévue de longue date pour faire écrin à ces œuvres tridimensionnelles auxquelles la nature confère une âme.

Sans ce bienveillant environnement de verdure, que seraient ces "Expérimentations" de bronze et d’acier, sans forme et sans esprit de l’anglais Tony Cragg qui déparent un peu la qualité de l’ensemble ? "Une œuvre d’art veut toujours dire quelque chose" nous affirme, à son propos, Philippe Roberts-Jones dans la préface du catalogue. Si c’est lui qui le dit…

Mais, pour si peu, ne boudons pas notre plaisir, intense, de découvrir au fil des chemins, des recoins, des escaliers de pierre moussus une série d’œuvres exemplaires.

Ici, en équilibre sur la pointe du pied, les bras ouverts comme pour entonner un hymne à la joie de vivre, "la Vierge folle" de Rik Wouters semble partir à l’assaut d’un siècle qui se libère.

Là, nue, robuste et couchée, "La rivière" de Maillol raconte la sensualité du corps féminin , son thème de prédilection toujours soumis à une sorte d’ordonnance architecturale du mouvement.

De Dodeigne qui connaît si bien la pierre de chez nous et la maîtrise avec la rigueur des bâtisseurs de cathédrale, surgit, entre les branches une "Figure agenouillée" douloureuse, souffrante et portant sur de solides épaules la misère du monde qu’il partage, depuis belle lurette, avec une humanité en marche au sujet de laquelle il ne se fait pas d’illusion.

Par contre, la "Savonnette" bronze de Robert Couturier (inconnu de nous, c’est impardonnable !) avachie sur son socle avec ses allures de E.T gonflé à l’hélium, ses longs bras mous, ses petits seins ridicules est un véritable clin d’œil à la morosité.

Notre préféré peut-être… Le moulage de fer d’Anthony Gormley, crucifié, à plat dos, dans l’herbe folle. Image de souffrance ou de relaxation zen ? Il y a des deux dans la gestuelle très humaine de cette œuvre ancrée au sol pour mieux prendre racine dans la réalité.

Ils sont vingt artistes à investir ce jardin de rêve et le promeneur ne manquera pas de jeter un œil émerveillé sur l’astucieuse installation de Ann Veronica Janssen usant du miroir pour lui faire voir, toujours changeante, l’image colorée du feuillage frémissant qui la surplombe.

Une exposition à ne pas manquer pour le simple plaisir de croiser en même temps l’arbre, la fleur et l’œuvre d’art.

    Colette Bertot         
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Dodeigne

 

 

 

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Antnony Gormley

 

 

 

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Robert Couturier

 

 

 

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Rik Wouters

 

Jardins du Musée van Buuren. 41 avenue Errera. Bruxelles.  

 

Tous les jours de 14h à 18h30.

Exposition accessible jusqu'au 16 octobre 2006.

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