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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques
de Colette Bertot. Avril 2006 La Maison BING, "Le désir de beauté" : naissance de l'Art Nouveau Aux Musées des Beaux-Arts de Bruxelles |
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;; Il fait, actuellement, à Bruxelles, un tabac ! Au
Palais des Beaux Arts (rebaptisé
Bozar…)
l’exposition "Le désir de beauté" évoque le Palais Stoclet, fleuron de la Sécession viennoise et les objets dessinés par les artistes de
l’époque, partisans de l’art total et toujours produits à l’identique. Aux Musées Royaux des Beaux Arts,
Siegried
Bing est à l’honneur. Ce collectionneur et marchand d’art d’origine allemande, naturalisé
français en 1876, donne à sa galerie parisienne située rue Chauchat
le nom : "L’Art Nouveau" qui devient, en quelque sorte le nom
commun d’un courant artistique émergeant dans les années 1900. L’homme passionné, et d’ailleurs fabricant, de porcelaine importe et
vend de l’art chinois et japonais. Son magasin devient vite le rendez-vous
parisien des amateurs d’art et de curiosités venues d’Orient, principalement du
Japon. Il organise des ventes, des expositions, lance la
revue : "Le Japon artistique", voyage aux Etats Unis où
il est impressionné par le travail du verrier Tiffany,
commande des œuvres aux artistes Nabis et rencontre à Bruxelles Henry van de
Velde. Lors de l’Exposition Universelle de Paris, il décide (en dernière minute) de présenter un pavillon intitulé : "L’Art Nouveau Bing". Le
succès est considérable. Il s’éteint en 1905. L’année suivante sa collection
orientale est vendue aux enchères. Sic transit ! L’exposition. En quantité, elle n’est pas énorme. En qualité, elle tient
admirablement la route. Elle nous conte l’histoire de l‘Art Nouveau à travers
"l’œuvre
Bing" qui était une entreprise commerciale soucieuse de défendre les arts
contemporains. Au nombre des expositions organisées de par le monde, peu
mettent l’accent sur l’impact culturel des galeries et marchands d’art et c’est
regrettable. Il ne fait aucun doute qu’ils jouent un rôle essentiel dans la
"genèse de réputations artistiques". Plus de 300 objets et œuvres d’art négociés ou exposés par Bing sont
ici rassemblés après de nombreuses recherches dans les musées, les
bibliothèques, les fonds d’archive. Le résultat est à la mesure des espérances. L’Europe des années 1900 doit à Bing
"La folie des japonaiseries"
représentées par de nombreux objets tels des récipients en céramique Kyôto, des
bols à thé, des estampes. Du déjà vu. Par contre -et pourtant nous ne sommes pas sensible à la magie des
étoffes- comment résister à la luxuriance des broderies sur soie japonaises
datant du 19° siècle, comme cette "Carpe nageant à contre courant"
ou ces "Grues volant au dessus des flots" ? Raffinement extrême des motifs. Richesse de la matière. Modernité de la
conception et grâce infinie des mouvements qu’intensifie une gamme de coloris
d’une rare intensité. Très tôt, Bing a pris conscience de l’importance de l’Amérique. Il
établit donc des contacts et ne cache pas son admiration pour le dynamisme
déployé outre atlantique dans les arts appliqués. Il fréquente l’audacieux
Tiffany, entretient avec lui des rapports étroits et
organise, à Paris, des expositions où ses verreries font fureur. Vuillard,
Bonnard, Toulouse-Lautrec dessinent des cartons de vitraux sur des thèmes
mettant l’accent sur la trépidante vie parisienne de l’époque. Tiffany exécute. Certains de ces vitraux figurent à
l’exposition. Maison d’art. Après une visite à la Maison d’Art de Bruxelles créée en 1894 par
l’avocat Picard dans l’esprit de La Libre Esthétique, Bing ouvre une galerie (toujours même adresse) dont l’objectif est de présenter dans un cadre
harmonieux des objets d’art décoratifs qu’on peut détailler avec plaisir en
parcourant l’expo. Ainsi d’une poignée de porte "signée" Henry van
de Velde. D’une série d’assiettes en porcelaine d’Edouard Vuillard. De
remarquables vases des frères Daum. De panneaux
décoratifs de Paul-Albert Besnard annonçant un peu l’Impressionnisme. Le
rez de chaussée de cette parisienne Maison d’Art déployait un superbe éventail de
tableaux individuels et de sculptures dont le visiteur se régalera. Epinglons un touchant
"Enfant au hibou" de Degouve de Nuncques.
Un lumineux "Canal en Flandre" de Théo van Rijsselberghe.
Un très japonisant "Poirier en fleurs" de Vincent van Gogh. Une toile mélancolique
"Sous les sapins"
de Fernand Khnopff et, parce qu’on
a un faible pour elle "La petite châtelaine" de Camille Claudel…
Sans oublier des œuvres majeures de Constantin Meunier qui était, à l’époque,
exposé pour la première fois à l’étranger. De nombreuses photos et documents accompagnent l’exposition. De quoi pénétrer vraiment dans le
"grand magasin Bing" et
mieux comprendre (et apprécier) les motivations esthétiques d’un personnage
hors du commun.
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Tissu
Degouve de Nuncques
Toulouse-Lautrec
Alexandre Bigot
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| Musées Royaux des Beaux Arts. 3 Place Royale Bruxelles. |
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Du mardi au dimanche de 10h à 17h. Fermé le 1er mai. |
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Exposition accessible jusqu'au 23 juillet 2006. |
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