LA LETTRE MENSUELLE

La chronique de Marie-Pierre Desmergers.  Mars 2006 
  Bruxelles troisième place européenne pour le marché de l'art ?
  
Et les lubies d'un milliardaire, des documents royaux à la poubelle...

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Curieux mois de Février ! En apparence bien tranquille et pourtant… Ceux qui savent lire entre les lignes et qui savent écouter les petits discours n’auront pas manqué certains faits. Rien de bien bouleversant, aucune incidence sur notre quotidien mais tout de même quelques moments de réflexion à la clé.

Tout d’abord cette petite affaire royale : les inconditionnels de notre famille couronnée auraient pu faire une affaire en or sur le site d’enchères Internet eBay. En effet, il était prévu qu’à partir du 22 février et jusqu’au 5 mars, des documents administratifs officiels des membres de la famille royale soient mis en vente. La pièce majeure était un passeport délivré en 1951 au roi Baudouin ! Devaient être également présentés un passeport de la princesse Joséphine-Charlotte de 1949 et un bulletin scolaire du roi Albert du collège de Genève datant de 1949.

Immédiatement la question se pose sur l’authenticité de ces pièces et donc de leur provenance. Et bien figurez-vous qu’il n’a pas de doute possible ! Ces documents sont authentiques à 100 %. Pour la petite histoire, c’est une habitante de Couvin, voisine de la veuve du colonel Hubert Rombauts qui travaillait au Palais, qui les aurait récupérés en 1996. Et devinez où ? Dans la poubelle de ladite veuve …

Que l’on se rassure ! Cette vente n’aura pas lieu. Comme on pouvait l’imaginer -ou l’espérer…- les réactions royales ne se sont pas faites attendre. Après quelques tractations, les précieux papiers seront donc retirés. On ne sait pas encore ce qu’il en adviendra.

Cette affaire, qui peut faire sourire, n’en soulève pas moins quelques réflexions : droit de préemption, prescription et autres formules juridiques et archivistiques qui tendent à protéger le patrimoine belge. Mais peut-on parler de patrimoine pour ce genre de documents ?

Et enfin, il est à se demander si nos immondices recèlent souvent de petits trésors aussi  anecdotiques. Loin de moi l’idée de vous encourager à vérifier la poubelle de votre voisin …

Autre affaire, certes moins royale, mais qui montre que les enchères du monde l’art peuvent faire gonfler le portefeuille et la tête. C’est tout du moins ce que l’émission française "Envoyé Spécial", diffusée le jeudi 23 février sur France 2, voulait nous apprendre. Le reportage intitulé "La folie d’un milliardaire" présentait Thierry Ehrmann, artiste et milliardaire de son état. 

L’intérêt était de nous faire découvrir son superbe domaine du XVIIe siècle à proximité de Lyon, aménagé selon ses goûts inspirés du chaos : murs éventrés, rongés, bariolés, ensanglantés, têtes de morts en ornements. Quant au jardin, il reprend cette même sensation de fin du monde avec une reconstitution des ruines du World Trade Center et la présence du tunnelier de 100 tonnes ayant servi à forer le métro de Lyon. De quoi désespérer les élus locaux… 

Et là où cela nous concerne, c’est que ce véritable homme d’affaire a fait fortune grâce à Internet (soit 72 millions d’euros) dont l’un des sites principaux n’est autre que ArtPrice.com, la plus importante banque de données du marché de l’art spécialisée dans les collections du XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles répertoriant 21 millions d’œuvres.

Chacun ses goûts, ou mieux, les goûts et les couleurs ne se discutent pas : je ne conteste pas l’aménagement de Monsieur Ehrmann. Le fait est que cet atypique propriétaire a conçu un site d’intérêt précieux pour tous les amateurs d’art, il est même une référence pour celui qui désire connaître la cote d’un artiste et les prix d’enchères pour tous les types d’œuvres. A consulter impérativement contre abonnement.

Méfiez-vous, entre grippe aviaire et chikungunya, il est un virus qui rend fou : le gain des enchères !

Moins original fut le mois de février pour le reste de l’actualité du marché de l’art en Belgique. La 51ème Foire des Antiquaires fermant ses portes le 29 janvier, un premier bilan confirme un grand succès auprès des 30 000 visiteurs et aussi auprès des exposants. Le comité organisateur souligne un volume de vente exceptionnel dans le contexte international actuel, à tel point qu’aujourd’hui notre foire nationale se situerait en troisième position des grandes manifestations européennes, derrière celle de Maastricht et Paris.

Et justement, cet élan sera facilement vérifiable prochainement puisque la Tefaf (The European Fine Art Fair) ouvrira du 10 au 19 mars au MECC de Maastricht. Grand événement mondial, toujours en quête d’excellence, je ne peux que vous imposer sa visite. Cette année, 215 exposants vous feront rêver. Là encore, petite ouverture aux galeries d’art contemporain et aussi à l’art asiatique. 

Tout sera mis en œuvre pour accueillir une clientèle que l’on sait internationale et fortunée afin qu’elle apprécie l’un des deux tableaux de Rembrandt, ou bien une vue de Venise de Canaletto, une Vierge à l’Enfant de Vouet, une table de style Louis XVI par Fabergé, voire un torse romain en marbre blanc du Ier siècle après JC et bien d’autres pièces encore. Avant la visite, consulter le site www.tefaf.com.

Dès le 24 mars, retour à Bruxelles pour le 25ème anniversaire d’Eurantica Brussels Fine Arts et Antiques Fair au hall 5 du Brussels Expo jusqu’au 02 avril. Plus d’infos sur www.eurantica.be.

Pour terminer, quelques résultats d’enchères, parce qu’on ne s’en lasse pas. Pas de vente de prestige ce mois-ci car c’est en mars que les premières belles pièces de l’année seront présentées. Toutefois, la salle Horta organisait une dispersion riche d’artistes belges et de bandes dessinées. 

On notera les 24.000 € pour une huile sur carton de Lucien Franck "Boulevard animé" estimée 7.000 à 9.000 €, petite déception pour Adrien Jean Le Mayeur de Merprès avec "Le marché de Provence" parti à 42.000 € pour une estimation de 50.000 à 60.000 €. Frans Vervloet distingua sa "Vue de porche animé" à 41.000 €, et Jean Gouweloos son "Le modèle" à 20.000 €. 

Signalons aussi une desserte demi-lune en marqueterie de bois précieux d’époque Louis XVI, œuvre de Jean-François Leleu qui trouva preneur à 15.000 €. Enfin, un brasero en faïence émaillée polychrome de la maison Mombaers de Bruxelles, daté du XVIIe siècle, obtint un timide 5.500 €, bien en dessous de l’estimation basse.

Tout aussi modeste fut la vente aux Beaux-Arts, où on retiendra dans la catégorie Objets d’art, un ensemble de quatre chandeliers en argent, d’époque Louis XVI, réalisé par l’anversois Michiel Verbeckt, adjugé 6.600 €.

Plus riche sera l’actualité du marché de l’art en mars, plus riche sera son compte rendu. En attendant, n’oubliez pas la Tefaf et l’Eurantica !

Marie-Pierre Desmergers         
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Lucien Franck

 

 

 

 

 

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Adrien-J. Le Mayeur 

 

 

 

 

 

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Jean Gouweloos

 

 

 

 

 

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J-F. Leleu

 

 

 

 

 

 

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Brasero, 
Mombaers, Bruxelles

 

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