LA LETTRE MENSUELLE

Un article de Jonathan d'Oultremont.  Février 2006 
  Jean, Félix Bovie, peintre de paysages, aquafortiste et poète
  
Un
artiste peu connu : une biographie illustrée et inédite

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Né à Bruxelles le 17 septembre 1812, mort à Ixelles le 6 juillet 1880, Félix Bovie fut l’élève de Barend Cornelis Koekkoek[1] et d’Eugène Verboeckhoven[2]. L’œuvre peint de Bovie reflète,très clairement l’influence de ses deux maîtres. Il reprend à  Koekkoek la thématique du paysage animé par une présence humaine discrète, laissant la nature s’étendre sur la toile comme principal sujet de la composition. 

Néanmoins, alors que Koekkoek puisait ses sujets dans les paysages de sa Hollande natale ou sur les berges du Rhin et de la Moselle, Félix Bovie préfère quant à lui, peindre ses vues dans les Ardennes. Par ailleurs, c’est en fréquentant l’atelier de Verboeckhoven[3], qu’il va affiner sa technique et personnaliser son point de vue. On considère généralement que c’est au contact de l’animalier belge, qu’il élaborera une gamme chromatique à laquelle il restera fidèle toute sa vie. Henri Hymans relevait déjà en 1920 que les oeuvres de Bovie étaient "traitées largement et dans des colorations grises rappelant celles de Verboeckhoven"[4].

Felix Bovie commence à prendre part aux expositions à dater de 1833, avec déjà la présence des paysages ardennais qui lui tiennent à cœur. Comme il est fréquent à cette époque pour un jeune artiste, ses œuvres sont présentées au côté de celles de ses professeurs.

En 1840, il participe au Salon de Gand, et en 1841 la revue Anversoise NoordStar publie plusieurs de ses eaux-fortes. Bovie contribue ainsi, aux cotés de Fanny Geefs (1807-1883), Paul Lauters[5] (1806-1875) et Henri Gregoir (1818-1853), à un renouveau de l’intérêt pour la gravure, dans un milieu anversois fortement teinté de romantisme[6]. Cette collaboration souligne les relations privilégiés que l’artiste entretient, déjà à cette époque, avec les milieux artistiques et littéraires.

Il fait ses premières expériences d’écriture à l’Académie Vanderhaert, au Cercle des Arts et au sein de la canularesque "Société des Agathopèdes". C’est en 1850, sous le pseudonyme de Martin qu’il publie 5 chansons[7] dans "l’Annulaire agathopédique et saucial". Vers 1860, l’artiste étant dans une position de fortune indépendante, il s’installe au 131 rue Stassart à Ixelles[8], et abandonne la peinture pour se consacrer intégralement à la poésie. Il écrira de nombreuses chansons pour la société vocale d’Ixelles dont il fait partie.

Le 8 octobre 1873, à l’âge de 61 ans, Felix Bovie épouse Marie-Thérèse Mottard[9] (1833-1892). En 1874, la commune d’Ixelles lui accorde l’ouverture d’une rue portant son nom[10]. Il meurt le 6 juillet 1880 et est enterré au cimetière d’Ixelles.

La biographie de Bovie révèle une double personnalité, celle d’un peintre relativement classique aux inclinations bucoliques, et celle d’un poète caustique dont certains poèmes à connotation sociale touchent au grivois. Un artiste en tension entre "académisme" et "provocation".

Avec le recul du temps, sa peinture apparaît comme peu originale. Comme le prouve l’iconographie du "paysage du Hainaut belge", l’ambition de Bovie n’est pas de renouveler les codes liés à la peinture de paysage. Dans ce petit coin de campagne, s’entrecroisent tous les archétypes du paysage traditionnel (colline, verdure, rivière). Pour accentuer une vision déjà "emphatique" de la peinture de paysage, Bovie choisit de peindre cette campagne hainuyère a la fin du jour, où sa palette chromatique se déclinant de l’orangé au violet, inscrit cette œuvre dans une vision éthérée.

Cette vision est encore perceptible dans "Les bords de Meuse". L’organisation générale du tableau laisse apparaître une certaine inclinaison à l’exotique. Quelques hommes remontent une rivière, sur fond d’horizon vierge et de falaises abruptes. Ces éléments sont structurés de telle manière que l’image relève plus d’une évocation du nouveau monde que d’une vue des bords de Meuse. Le contraste entre la menace des nuages d’orage et les fragments de ciel bleu, noie la moitié inférieure de la falaise dans une zone d’ombre et charge l’image en intensité dramatique. Cette rhétorique accentue la théâtralité de l’image. En effet, là où certains artistes saisissent la nature sur l’instant, Félix Bovie ordonne ses paysages de telle façon de leur donner une autonomie par rapport au modèle.

Félix Bovie nous laisse également des dessins et des eaux-fortes. Si les grandes compositions conservées au Musée d’Ixelles demeurent dans la même veine que sa peinture, on peut néanmoins constater que ses eaux-fortes de petit format (8°) offrent néanmoins un intérêt particulier[11]. La schématisation, induite à la fois par la technique et par le format, est assimilée avec habilité par l’artiste. Avec une grande économie de moyens, il met en place des éléments directeurs afin de structurer le paysage, permettant une compréhension instantanée de la composition.

Vers 1860, Félix Bovie abandonne la peinture pour se consacrer à l’écriture. Son expérience au sein de la société des Agathopèdes a pu l’encourager sur cette voie. On peut imaginer qu’il trouva là, le succès d’estime que la peinture n’avait jamais pu lui apporter.

En 1864 un volume de ses œuvres est publié par le soin d’une réunion d’amis au profit des pauvres, sous le titre de Chansons de Félix Bovie. Mis en musique par MM. Louis Ermel[12], Auguste Greyson et Gustave Huberti[13], les textes y sont illustrés par des gravures d’Adolphe Dillens (1821-1877), François Stroobant[14] (1819-1916), Joseph Van Severdonck[15] (1819-1905), Paul Lauters (1806-1875) et bien d’autres. 

Si le nombre important des artistes associés à ce projet, contribue pour Van der Marck, "au manque d’unité de l’ouvrage"[16], il témoigne par ailleurs du fait que Bovie était apprécié du cénacle artistique bruxellois du milieu du XIXé siècle. A l’inverse de sa peinture, son œuvre littéraire se démarque par un ancrage dans les préoccupations de son temps et une approche détachée : "Bovie ne se donne pas pour poète ; il se donne à peine pour chansonnier ; il ne croit être ni l’un ni l’autre et parfois il s’en rapproche tant qu’on pourrait lui donner la double qualité".[17].

Si dans certains de ses textes (Le Paradis Terrestre, La Bagatelle, Le cours de geste), son ton est licencieux au point d’évoquer "des mœurs fort débraillés"[18], d’autres tout en traitant des sujets humanistes (l’Espérance et la Charité), témoignent d’une véritable qualité poétique. Néanmoins, c’est son caractère satirique (parfois même anticlérical) qui traverse sa poésie et la rend originale.

Sans être un artiste de premier plan, Félix Bovie aura été actif dans les milieux artistiques pendant plus de 30 ans, côtoyant les grands noms belges tant en peinture (Verboeckhoven, Rops[19] (1833-1898) qui le caricature en 1856 pour l’Uylenspiegel) qu’en littérature (De Coster[20] (1827-1869) qui écrit l’introduction de son recueil de chansons). Et si le peu d’informations dont nous disposons à son sujet, amènent à penser qu’il n’a pas marqué l’histoire, celles-ci tendent néanmoins à prouver qu’il fut apprécié et reconnu par ses contemporains. 

Les propos, à la fois élogieux et révélateurs, que lui consacre Noël Tisserand dans le n° 41 de l’Uylenspiegel confirment cette hypothèse : "C’est un talent original, et vraiment belge, et sans doute la diversité de ses aptitudes est cause qu’il y a de la poésie dans sa peinture et de la couleur dans ses chansons".[21]. La décision de la commune d’Ixelles de lui accorder l’ouverture d’une rue portant son nom, ainsi que la place de choix qu’il occupe dans son cimetière, sont d’autres indices qui attestent de la reconnaissance locale dont il fut l’objet.

Jonathan d'Oultremont,                
Historien de l'art                 

Notes et bibliographie :
[1]
Pour en savoir plus sur B. K. Koekkoek, voir : GORISSEN, F., B. B. Koekkoek 1803-1862, Dusseldorf, Rheinlang-verlag, 1962.

[2] Pour plus d’informations sur Verboeckhoven, voir : BERKO P. ET V., Eugène Verboeckhoven, Bruxelles, Ed. Laconti, 1981.

[3] Signalons à ce propos les qualités pédagogiques de Verboekhoven, dont Bovie ne fut pas le seul à profiter et qui sont attesté par le passage dans son atelier d’artistes comme Louis-Pierre Verwee, Jean Baptiste De Jonghe, Charles ou encore Edmond Tschaggeny,…

[4] HYMANS, H., Près de 700 biographie d’artistes belges, Bruxelles, M. Hayen, imprimeur de l’académie royale de Belgique, 1920, p ???

[5] Pour plus de renseignement sur Paul Lauters, voir : WANTERS, A., in : La biographie natiuonale, 11, 1890-1891, col. 469-472.

[6] Pour plus d’informations, voir : VAN DER MARCK, J.H.M., Romantische boekillustratie in België, J.J. Romen & zonen Roermond, 1956, p. 161.

[7] Les cinq chansons ( Eloge du cochon, cours d’agathopédie biblique, Le cœur, La bagatelle, Les femmes de la Bilbe) seront reprise dans : « chansons de Bovie » publié en 1864.

[8] Information tirée des archives de la commune d’Ixelles (recensement)

[9] Information obtenue au près des archives de la commune d’Ixelles.

[10] « L’ouverture de la rue Félix Bovie fait l’objet d’une délibération en date du 18 février 1865 ; les arrêtés royaux y relatifs sont du 7 avril suivant et du 4 décembre 1874. » Tiré de X, La liste des rue d’Ixelles, 1925.

[11] Deux gravures de ce format réalisées pour la revue Noordstar sont conservées au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Royale.

[12] Pour plus d’informations, voir : VANDER MEERCH, A., "Ermel (Louis)" in La biographie nationale, Bruxelles t.6, 1878, (col.) 622-623.

[13] Pour en savoir plus, voir : TINEL, P., "Huberti (Gustave)" in La biographie nationale, Bruxelles t.35, 1969-1970, colonnes 451-454.

[14] Pour plus de renseignements, voir : VAN BASTELAER, R., "Stroobant (François)", in La biographie nationale, Bruxelles t.24, 1926-1929, colonnes 187-188.

[15] Pour plus d’informations, voir : SOLVAY, L., » in La biographie nationale, Bruxelles t.22, 1914-1920, colonnes 341-342.

[16] VAN DER MARCK, J.H.M., Romantische boekillustratie in België, J.J. Romen & zonen Roermond, 1956, page 184 (traduction de l’auteur).

[17] GREYSON, E., Introduction à Chansons de Félix Bovie, Bruxelles, J. Gouweloos, 1864, p. 8.

[18] GREYSON, E., Introduction à Chansons de Félix Bovie, Bruxelles, J. Gouweloos, 1864, p 6.

[19] Pour en savoir plus, voir : BONNIER, B., LEBLANC, V., DUSAR, S., (e.a.), Félicien Rops : vie et œuvre, Bruge, Stichting Kunstboek, 1997.

[20] Pour plus d’informations, voir : TRUSSON, R., Charles De Coster ou la vie est songe : Biographie, Bruxelles, Labor (coll. « Archives du future »), 1990.

[21] TISSERAND, N., "Felix Bovie" in l’Uylenspiegel de la fantaisie, n° 41, 9 novembre 1856, p.6.

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"Paysage hennuyer"

 

 

 

 

 

 

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"Vue de Meuse" 

 

 

 

 

 

 

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"Sous-bois" 

 

 

 

 

 

 

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"Félix Bovie" 
par Charles Billoin

 

 

 

 

 

 

61ilbovie66.jpg (52721 octets)

"Felix Bovie"
par Félicien Rops 

 

 

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