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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Colette Bertot. Février 2006 Moshekwa Langa - Mythologie personnelle A la Galerie Taché-Lévy de Bruxelles |
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;; Les toiles, réunies pour la première fois, à la galerie
Taché-Levy incitent à la réflexion quant au travail de Moshekwa Langa, né en 1975 dans
un coin perdu d’Afrique du Sud qui ne figure même pas sur les cartes
officielles. L’artiste qui n’a aucune formation artistique peint avec ses tripes et
"parle" étonnement vrai à coup de pinceaux un peu maladroits, de
couleurs flamboyantes, d’additions, sur le support, de matières insolites -comme le fil, le sel, les cailloux-
évoquant des conditions d’existence précaire qui donnent à ses travaux
une dimension presque philosophique. L’imagination foisonnante qui régit son œuvre le pousse à ré-écrire à
sa façon, vivante et presque enfantine, l’histoire du monde fragile des
millions de Sud-africains noirs bafoués sous le régime de l’apartheid. Il n’y
a, dans sa manière de s’exprimer, ni pédanterie ni plaidoyer métaphysique mais
la simple manifestation d’une souffrance revisitée et utilisée comme argument
esthétique. Tout est prétexte, chez l’artiste, à reconstituer les racines et les
contours d’un pays dont on a longtemps déplacé la population pour sacrifier aux
besoins territoriaux des fermiers blancs. Pour répondre aux douloureuses questions qu’il se pose,
Langa utilise de multiples subterfuges et concocte, à
l’attention du spectateur, un album astucieux destiné à illustrer sa mythologie
personnelle. Au fil des cimaises, l’intérêt est constant. De tumultueuses
"Révolutions cosmiques" dignes d’un Pollock voisinent avec des
"Index" à l’acrylique et encre de Chine figurant un patchwork de
touches colorées étayées de petits textes illisibles et agrémentés, de ci de là
de collages rudimentaires faits de bouts de carte de géographie grappillés dans
des manuels scolaires ou d’images insolites d’un lion de papier s’aventurant
dans la grande aventure ! Sous l’apparente simplicité du sujet pointe la lucidité (ou l’amertume)
de celui qui n’est pas dupe mais "transpose sur le terrain
artistique" ses propres interrogations car il ne suffit pas, loin de là,
de poser sur le support une gamme de joyeuses couleurs pour que la joie éclate.
Les enjeux sont trop importants et le tact déployé par l’artiste pour
masquer sa désespérance est tout à son honneur. Ailleurs, une étonnante galerie de portraits attend le visiteur.
Inattendus, typiques, ethniques et expressifs ils donnent envie d’aller à la
rencontre de ces personnages peu ordinaires. Voyez cette fière
"Hostess" à
l’abondante chevelure blanche, au port altier de belle africaine. Cette "Maria full of grace", mère attentive ou
protectrice anonyme réinventée pour les besoins de la cause. Ou encore cet
"Odyssey Ulysses",
étrange voyageur vêtu de gris posant sur fond de ciel limpide et de mer
faussement calme où l’attendent, peut-être, les sirènes du destin. Tous sont porteurs d’imaginaire et témoins d’une vie d’artiste pour qui
la couleur de peau a sa signification. Repéré lors d’une première exposition à Johannesburg,
Moshekwa Langa occupe déjà une
place de choix au firmament des artistes africains de renom. Et nous pensons que la montée en puissance ne fait que commencer…
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"Odyssey Ulysses"
"Hostess"
"Maria Full of Grace"
"Index
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Taché-Lévy Gallery, 74 rue Tenbosch, 1050 Bruxelles. |
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| Du mardi au vendredi, de 11h à 18h30. Le samedi de 12h à 18h. | |
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Exposition accessible jusqu'au 4 mars 2006. |
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