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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Colette Bertot. Décembre 2005 Takayoshi Sakabe - Une émotion venue de la nuit des temps A la Galerie Lanzenberg de Bruxelles |
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;; Cet
artiste là est un oiseau rare dans la mesure où l’on ne sort pas indemne
du spectacle procuré par l’étrange maturité de ces œuvres évanescentes
et poudrées qui s’apparentent peut-être à la philosophie zen. Même
s’il vit en Occident, il ne peut cacher son passé japonais. Chaque toile
est, en effet, un travail lent, calme, réfléchi au centimètre près et
porteur d’un message de sagesse que pratiquent peu les occidentaux stressés
que nous sommes. Une leçon de rigueur dans le choix du sujet et de maîtrise
dans cheminement du pinceau sur la toile… De
l’artiste nous connaissions des visages estompés de lumière, des pigeons
au plumage d’un gris si léger qu’on les confondait aux nuages, des
paysages infinis s’étirant entre vert et or, des Fuji
yama perdus dans le brouillard. L’artiste,
cette fois, a concentré toute son ardeur créative sur le thème du bois
tordu intemporel et sobre. Toujours pareil, toujours différent. De
quel arbre provient cette branche aux formes contournées, hérissée ou non
de quelques feuilles ? Du gingko millénaire ? du hêtre tortillard ? du
bouleau bravant le froid ? de l’acajou au petit feuillage dense ?… Qu’importe,
elle impressionne, suscite l’imaginaire, provoque l’admiration pour
l’endurance qu’on devine et la résistance au temps (Le temps météo
comme le temps longévité) qui lui colle à l’écorce. A
l’instar du jardinier japonais ratissant le gravier dans son jardin sec de
style paysager, Sakabe traite la branche comme il écrirait un poème. Il
prépare longuement la toile écrue, l’enduit de caséine, lui confère une
humble matité propice à accueillir l’empreinte végétale. Comme en
musique, on pourrait parler de variation sur un même thème et puisque la
qualité est au rendez-vous de cette réflexion sur la pérennité de la
nature, on ne s’en lasse pas. Ce
sont, parfois, trois petits panneaux verticaux qui, si on les rapprochait,
feraient un seul arbre délicieusement léger. Les
dimensions que privilégie l’artiste vont du 1 mètre sur 3, au 1 mètre sur
2 ou simplement 1 mètre sur un, le carré parfait. Cet équilibre mûrement réfléchi
entraîne le regard dans un parcours spirituel teinté de nostalgie.
L’informel devient formel et la branche se fait soie, mousse, rugosité.
Elle se tord pour qu’y niche l’oiseau, s’enveloppe de brume pour cacher
ses secrets, frissonne dans une poudreuse grisaille.
Les
ors, les verts, les bruns, les sables posés délicatement d’un pinceau
retenu nimbent de mystère l’univers de l’artiste qui entraîne dans le
sillage de ses rêves le dit, le non-dit d’une émotion venue de la nuit des
temps. Seule la nature, nous semble-t-il, peut pousser si loin la fascination
du silence.
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Takayoshi Sakabe
Takayoshi Sakabe
Takayoshi Sakabe |
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Galerie
Fred Lanzenberg,. 9
avenue des Klauwaerts, 1050 Bruxelles. |
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Du
mardi au samedi de 10h à 12h30 et de 14h à 19h. Dimanche de 10h à 13h. |
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Exposition accessible jusqu'au 8 janvier 2006. |
Copyright © 2005 Mémoires et Colette
Bertot.
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