LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Novembre 2005 
  Carl Fabergé, joaillier des Romanov : un mythe !
  
A
l'Espace Culturel ING de Bruxelles 

;;
Pour son 20° Festival culturel, Europalia met la Russie sous les feux de la rampe, faisant déferler sur le pays une vague de manifestations exceptionnelles. Pour n’en citer que quelques unes, épinglons l’épopée du Transsibérien au Musée du Cinquantenaire et, au Musée d’Ixelles, Le Symbolisme russe (NdlR : qui fait l'objet d'une autre chronique).

L’espace culturel ING nous invite à découvrir l’œuvre de Carl Fabergé. C’est une première. Autant de chefs d’œuvre du joaillier n’ont jamais été exposés depuis la Révolution et le visiteur – même s’il a un peu le tournis devant tant de prouesses – appréciera la variété de la production de l’artiste et comprendra mieux aussi la réputation dont il jouissait auprès de l’aristocratie européenne.

Carl Fabergé, huguenot d’origine, est, en Russie, un véritable mythe.

L’exposition évoque l’atelier de l’artiste qui employait, à Saint Petersbourg et à Moscou, plus de 500 artisans de haut vol et commercialisait de Londres à Paris et jusqu’au bout du monde, les objets les plus précieux.

Les œufs, les fameux œufs, traditionnellement offerts le jour de la Pâque, pour célébrer la fraternité entre les hommes et la Résurrection occupent une place à part dans l’exposition. Chaque année, en effet, les tsars offraient l’un de ces oeufs à leur épouse ou à leur mère.

Ils sont ici au nombre de 14 et proviennent de la fameuse collection Forbes du nom d’un richissime américain qui les avait acquis au fil du temps. Mise en vente il y a peu, elle a été rachetée par un (richissime) industriel russe qui les fit ainsi rentrer au pays.

Parmi ces trésors de raffinement figure le premier œuf exécuté par la maison Fabergé en 1885. "L’œuf à la poule" est une commande du tsar Alexandre III  destiné à son épouse la tsarine Maria Federovna née princesse du Danemark. Il est réalisé en or et décoré avec de l’émail blanc. Il contient une poule surprise contenant elle-même une couronne impériale et de petits œufs pendentifs en rubis.

"L’œuf du couronnement", offert par Nicolas II à son épouse à Pâque 1897, dissimule une réplique exacte du carrosse dans lequel l’impératrice est arrivée à Moscou, première capitale de la Russie. Le velours rouge est remplacé par de l’émail vermillon, le maillage du carrosse est réalisé avec de l’or et de petits diamants. Le toit est orné d’une couronne avec des diamants et des aigles à deux têtes. La coquille de l’œuf évoque l’or et le brocart de la tenue des souverains.

A titre indicatif, l’œuf mesure 12,7 cm. Le carrosse, 9,3cm !

Mais à nos yeux, le plus impressionnant des œufs est "L’œuf au laurier", offert à Pâque 1911, par Nicolas II à sa mère, la tsarine douairière. 325 feuilles de jade brillantes d’un vert profond, petits fruits en améthyste ou citrine et bourgeons en émail blanc… Au sommet de l’arbre, un petit couvercle se soulève pour laisser s’échapper un oiseau aux plumes naturelles qui chante en tournant la tête et en ouvrant son bec en os. Ravissant message d’amour filial.

Il n’y a pas que les œufs, loin s’en faut. Les tsars offraient de prestigieux cadeaux aux familles régnantes. Carl Fabergé a produit plus de 100.000 objets.

Fabuleux casque en argent pour l’empereur de Prusse, boîtes émaillées, cadres miniatures, accessoires de bureaux, bijoux…

On admirera les objets en pierres semi précieuses de l’Oural taillés par des lapidaires chevronnés dans ces rhodonites, agates, cornalines, aventurines aux noms poétiques à partir desquelles ils créaient de petites sculptures animalières pleines de vie, ou encore des personnages rudes et colorés rappelant le mode vie russe de l’époque tel ce "Moujik dansant" aux gestes expressifs sans oublier la délicatesse de multiples objets de fantaisie qui sont autant de petits chefs d’œuvre de goût et de savoir-faire. Ainsi ces deux "Bluets et brins d’avoine", plus vrais que vrais, exécutés en or et émail bleu azur plantés dans l’eau d’un verre en cristal.

Admirablement mise en scène, l’exposition gracieuse et colorée, illustre l’âme russe telle qu’on l’aime. Elle est accompagnée de photos et documents inédits qui nous remettent en mémoire une époque tumultueuse où la confrontation du luxe le plus ostentatoire à la misère la plus noire allait faire basculer l’Histoire.

 Colette Bertot         
;;  

*
Cliquez sur 
les miniatures 
*
 

58fabergeoeuf.jpg (27702 octets)

L'oeuf aux lauriers

 

 

58faberge2oeuf15e.jpg (50437 octets)

L'Oeuf du 15e...

 

 

58faberge99.jpg (18359 octets)

Bleuet et 
brins d'avoine

 

 

58faberge16coq.jpg (28780 octets)

Coq de Fabergé 

 

 

58faberge11boite.jpg (84634 octets)

Boîte

Espace culturel ING, 6 Place Royale. Bruxelles.  

 

Tous les jours de 10h à 18h. 
Le mercredi jusqu’à 21h.

Exposition accessible jusqu'au 5 février 2006.
-Superbe catalogue illustré. 

Copyright © 2005 Mémoires et Colette Bertot.
Tous droits réservés.

Les autres articles sont accessibles via nos archives
Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle.
Retour à la lettre        Retour à l'accueil

 

Hit-Parade