LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Novembre 2005 
  Anna Boch, Catalogue raisonné : un travail de bénédictin
  
par Thérèse Thomas et alii, aux Ed. Racine 

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Anna Boch, née à Saint Vaast ( La Louvière ) en 1848, décédée en 1936, était la fille de Victor Boch et Lucie née Nothomb.

Son père, originaire de Sarre, dirigeait avec son frère, la florissante faïencerie fondée en 1841 dans cette région du Hainaut.

Anna était l’aînée de quatre enfants et grandit au sein d’une famille aisée où l’on s’aimait, où l’on aimait les belles choses, où l’on n’entrava jamais une carrière artistique naissante.

En lisant ses souvenirs, en parcourant les nombreuses notes recueillies à son propos, nous avons souvent songé à Camille Claudel, une autre grande artiste de l’époque, sculpteur incomprise et brimée par les siens au point de passer à l’asile les trente dernières années de sa vie…

Pour Anna, le parcours fut tout autre. Tenace et assoiffée de savoir, elle est initiée à la peinture par son cousin Octave Maus. A 16 ans, elle ramène déjà d’excursions à Cannes, des croquis et des aquarelles annonçant un fameux talent.

Très vite, elle a besoin de maîtres. Isidore Verheyden au lyrisme délicat répondra à son attente. Ils vont travailler ensemble, dix ans durant, en atelier comme en plein air et quand l’artiste disparaîtra trop tôt, Anna perdra en même temps, un maître et un homme auquel l’attachait des sentiments plus profonds.

Dans la solitude qu’elle choisit alors de vivre, elle s’engage aux côtés du jeune Théo Van Rysselberghe dans le virulent débat néo-impressionniste pratiquant avec lui un pointillisme lumineux. (Notons, au passage, que le plus beau portrait d’Anna – qui se trouve au Musée d’Ixelles– a été réalisé par Van Rysselberghe).

Pour l’artiste, la vie est passionnante et diversifiée.

Nous avions découvert l’importance de son œuvre, en 2000, au Musée Royal de Mariemont qui présentait plus de 60 toiles de l’artiste sous la houlette du commissaire Thérèse Thomas, docteur en histoire… que nous avions eu l’occasion de rencontrer quelques années plus tôt à Mettlach où elle était conservateur du Musée de la Céramique et des Archives Villeroy et Boch. Inoubliable visite d’un musée avec une historienne chevronnée à laquelle aucun détail n’échappe. Je me souviens, entre autres de la description de petites peintures sur céramique faites par Anna Boch et représentant de lumineuses marines.

Et voilà qu’aujourd’hui sort le catalogue raisonné que Thérèse Thomas préparait de longue date. Une somme qui devrait conduire le lecteur à la découverte d’œuvres dispersées de Mettlach à Ixelles, d’Amsterdam à Ostende, des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles à Indianapolis.

Une œuvre attachante, axée sur la nature. Paysages, fleurs et jardins sont imprégnés de cette lumière Post-Impressionniste à nulle autre pareille.

L’ouvrage se lit comme un roman d’aventure tant est dense la vie de l’artiste qui voyagea, se posa, repartit, se révéla, de surcroît, mécène clairvoyante en acquérant des œuvres majeures de Seurat, Ensor, Constantin Meunier et – seule œuvre achetée du vivant de l’artiste – "La vigne rouge" de Van Gogh.

Anna Boch entretint des liens privilégiés avec l’Art Nouveau, travailla la musique avec la même ardeur que la peinture, organisa dans sa maison bruxelloise des soirées musicales recherchées. Elle jouait elle même du violon, du piano, de l’orgue. Orgue qu’elle offrit, à la fin de sa vie au doyen de Soignies "pour une église pauvre de son doyenné". L’instrument prit le chemin d’Ecaussines – Lalaing. Il vient d’être restauré ce qui valut aux invités de la présentation de ce somptueux catalogue raisonné d’assister à un concert de musique romantique à l’initiative de la Fondation Boch-Keramis.

Puisse la parution de cet ouvrage retraçant l’itinéraire pictural complet de cette artiste hennuyère hors du commun donner aux responsables de la culture de notre pays l’envie de lui consacrer une rétrospective digne de son talent.

  Colette Bertot         
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58abochdunes.JPG (51172 octets)

Anna Boch,
Dunes au soleil

 

 

 

 

 

58aboch1903.JPG (36581 octets)

Anna Boch,
photographie

 

 

Anna Boch. Catalogue raisonné.  
Thérèse Thomas. Michelle Lenglez. Pierre Duroisin ; Ed. Racine. 
345 pp. Nombreuses illustrations couleur.

 

 

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