LA LETTRE MENSUELLE

Une chronique d'Adrien Grimmeau.  Novembre 2005 
  Panamarenko aimerait voler : vaste rétrospective 
  
Au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles

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Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique développaient le projet depuis longtemps, c’est désormais chose faite : pour ses 65 ans, l’artiste belge Panamarenko a droit à une rétrospective de son œuvre au sein de la prestigieuse institution. Hasard du calendrier, l’expo est la première de la carrière du nouveau conservateur en chef, Michel Draguet, bien qu’il ne soit pas à l’origine du projet. Pourtant, d’une manière, elle s’inscrit dans sa politique active, puisqu’elle est présentée comme la première exposition consacrée à un artiste vivant au sein des Musées Royaux des Beaux-Arts. 

Bonne ou mauvaise idée ? Bonne, suppose-t-on : elle rajeunit le musée et son public, décloisonne l’institution. Le débat n’est pas si évident pourtant, puisque Panamarenko lui-même a avoué, au vu de sa rétrospective, qu’il décidait d’arrêter de créer, ayant tout dit. Plein de vie, le musée ?

De fait, l’exposition n’apparaît pas aussi vivante que l’on aurait pu l’attendre. Alors que Panamarenko, artiste par excellence de la fuite poétique et de la liberté utopique, passait pour un choix idéal dans l’optique d’ouvrir une institution que certains considèrent par définition comme un « mouroir de l’art », les œuvres de l’artiste semblent s’imprégner de ce climat plutôt que de transmettre au lieu leurs rêves de grandeur.

Panamarenko a consacré sa vie à la construction d’engins hasardeux de locomotion : sous-marin, voitures volantes, zeppelin, parachutes à hélices et autres tapis volants, qui fonctionnent tous … mais jamais correctement. Avec moult plans a priori précis, et à partir d’observations rigoureuses d’exemples naturels (insectes, oiseaux, …), l’artiste crée des machines qui permettent théoriquement de voler, de marcher sur l’eau, de marcher (!), etc. 

Comparé à Léonard de Vinci, Panamarenko, lui, a la particularité de créer ses machines à une époque où existent les avions hypersoniques et les fusées spatiales. Le décalage est donc intrinsèque : ses inventions hasardeuses tiennent plus de l’utopique poésie d’une fuite impossible, mais toujours à échelle humaine, que de la révolution scientifique.

Le projet est beau : passer sa vie à inventer des machines impossibles et à les construire ; s’arranger pour que tous ces objets fonctionnent (« Seulement, ils ne fonctionnent pas à 100% », avoue l’artiste), la poésie est-là, précisément, dans cet impossible rêve.

L’idée d’envahir le musée à l’aide de tels engins paraît belle. Et elle l’est effectivement, quand on voit un Aeromodeller de 27,5 mètres de long flotter au centre du grand hall d’entrée du Musée, devant les massives œuvres symbolistes de Constant Montald. Mais une fois franchi le grand hall, la succession d’objets apparaît comme un peu lassante, et la poésie souffre rapidement d’une exposition sans charme, où les ballons ne volent plus, les vaisseaux individuels sont posés, esseulés, à terre, et les parachutes ne sont qu’à moitié dépliés, faute de place. L’utopie est quelque peu emprisonnée …

Guidés par l’absolu de liberté de Panamarenko, les concepteurs de l’exposition ont inventé un circuit libre, que le visiteur construit à sa guise. Hélas, le corollaire de cette idée intéressante est l’absence de continuité, de progression. Mise à part une salle consacrée aux plans de l’artiste, les machines se suivent et ne peuvent s’empêcher de se ressembler, puisqu’aucune explication ne vient en enrichir la lecture. Pas de photos d’essais, aucune vidéo pour vérifier l’efficacité relative de ces objets. On pourrait comparer la présentation à un alignement de voitures de courses, splendides, certes, mais tellement peu parlantes inactives …

Les pièces elles-mêmes contiennent leur dose de poésie. Le monde de l’artiste, nettement inspiré par l’univers des bandes-dessinées et de la science fiction (Panamarenko admet l’influence des robots de Star Wars sur certaines machines), est touchant. Certaines pièces sont vraiment attirantes, tels ces Archéoptéryx, oiseaux préhistoriques, modélisés en bois et fonctionnant à l’énergie solaire. Mais dans l’ensemble, la liberté semble tant être restée hors les murs du musée …

Ceci dit, soyons sincères : la plupart des gens semblent apprécier, et la visite est idéale en famille.

Adrien Grimmeau,        
Historien d'Art     
  
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Panamarenko

 

 

 

 

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Panamarenko

 

 

 

 

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Panamarenko

 

Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles.
www.expo-panamarenko.be 
Du mardi au dimanche, de 10 à 17h,
Le jeudi jusque 21h.
Jusqu’au 29 janvier 2006.
Le ticket donne droit à la visite de la collection complète des Multiples de Panamarenko exposés dans le Hall d’entrée de la Banque Dexia (44, Boulevard Pachéco, 1000 Bruxelles).

Copyright © 2005 Mémoires et Adrien Grimmeau.
Copyright © 2005 Panamarenko pour les oeuvres et les photos (tirées de son site).
Tous droits réservés.

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